TVA à 5,5% dans la restauration : Te Vas Ar'cruter ?
Comme on dirait dans le patois du Nord...
Je suis dubitative devant la levée de boucliers des restaurateurs exigeant la baisse de la TVA à 5,5% dans leur secteur d'activité.
Certes, toute baisse de TVA, impôt particulièrement inéquitable puisqu'il atteint tous les consommateurs de la même manière, est bonne à prendre. Qu'il soit millionnaire ou chômeur, le Français paie son essence au même prix, ce qui n'est pas un exemple à suivre en matière de justice sociale, en particulier lorsque le taux de TVA est élevé. Donc, baissons la TVA.
L'unanimité des 25 pays européens étant exigée pour acter des variations de TVA, bonne chance car comme vous le constatez sur ce tableau des TVA européennes il n'y en a pas deux identiques.
Au delà de cela, je me pose quand même certaines questions sur l'intérêt d'une telle mesure. Que M. Chirac ne tienne pas ses engagements est, pous nous, soit une bonne nouvelle, soit une habitude.
J'aime beaucoup le métier de restaurateur, vouloir nourrir les autres, les régaler, leur faire plaisir en leur faisant frétiller les papilles, c'est très sympathique comme activité. J'en connais beaucoup pour qui ce n'est pas qu'un gagne-pain, mais une façon de voir la vie.
Toutefois, cette baisse de TVA entraîne quelques questions simples.
- l'argument le plus mis en avant est la création d'emplois.
Dans un secteur dit "en tension", avec les chiffres du chômage actuels, qui oserait le réfuter?
Le gouvernement, oui, en tout cas, car un emploi créé par le biais d'une baisse de TVA revient bien plus cher qu'un emploi créé par une baisse de charge comme le démontre cet entretien instructif trouvé dans l'Expansion ( source objective s'il en est!).
Sans compter le manque à gagner, en ces périodes de déficit public vertigineux, mis en avant par M. Breton pour faire passer des mesures d'austérité, certaines inadmissibles comme les économies faites sur les suppression de postes dans l'enseignement. Déficit miraculeusement réduit comme vous pouvez le constatez car Saint-Copé est arrivé.
- Pour être pragmatique, la baisse de la TVA devrait permettre d'embaucher ( 40 000 emplois selon la branche professionnelle, 12 000 selon l'OFCE ) et de mieux payer les salariés.
Bien,très bien. Je suis pour. En baissant le prix du service offert? Bruxelles ayant estimé la baisse du repas à 4% en cas de baisse de la TVA à 5,5%, on peut sans hésiter affirmer que ceux qui allaient déjà au restaurant continueront à y aller, mais que ceux qui n'y allaient pas n'iront pas davantage.
Donc pas plus de clients, mais de meilleures conditions de travail. Ca aussi je suis pour. Hausse du SMIG de 11% et 6ème semaine de congés payés. Le secteur ferait-il figure de leader en matière de progrès social? Il est vrai que les conditions ainsi que les horaires de travail sont très pénibles.
C'est ici qu'une deuxième bonne nouvelle intervient. C'est une explosion de l'activité du bâtiment! Car pour installer tous les clients supplémentaires qu'il va falloir attirer pour assumer ces conditions, il va aussi falloir aggrandir les restaurants. Une différence de 5,5 à 19,6% sur un repas n'y suffira jamais, donc, il va s'agir d'augmenter la quantité de repas servis. Avec une baisse du repas de 4%...
Plus sérieusement, on peut supposer que si demain cette baisse de la TVA avait lieu, les restaurants où on mange bien, où le service est sympathique, où on est obligé de manger seraient toujours aussi pleins, et les autres ne connaitraient pas d'augmentation de leur fréquentation. Il ne faudrait alors ne compter que sur l'existant. 19,6 - 5,5 = 14,1. Un peu maigre pour 40 000 emplois supplémentaires, 6 semaines de congés payés et 11% d'augmentation du SMIG.
On peut, par contre, imaginer une diminution de l'emploi non déclaré. Car le travail se fait déjà. Ainsi qu'une augmentation certaine des bénéfices des restaurateurs.
Mais alors que M. Chirac nous dise clairement qu'il fait du clientélisme primaire sans se cacher derrière des créations d'emplois qui suscitent des espoirs chez ceux qui en cherchent et pour qui c'est très dur. Qu'il se rassure, cela n'étonnera personne!
Mais qu'il cesse son double langage en promettant aux restaurateurs ce que ni son ministre de l'économie, ni l'Europe ont l'intention d'accorder.
