Comme des châteaux de sable
En supprimant un lien inactif aujourd’hui, je me suis rendue compte qu’en supprimant un blog, c’était une petite aventure, une partie de notre histoire collective ou d’un parcours individuel qui disparaissait. Car cela passe aujourd'hui aussi par internet.
Sans flamme, sans décomposition. Pfft, comme ça.
Je pense à cette scène de Fellini dans « Roma », dans laquelle une simple ouverture dans une salle souterraine fait disparaître des fresques millénaires en quelques minutes.
Ainsi va la vie sur le net.
On disait autrefois que les paroles s’envolent et les écrits restent et que. Aujourd’hui, il semblerait que les deux s'envolent.
Même les compact discs, à qui on accordait la vie presque éternelle, ont une durée de vie beaucoup plus courte qu’on ne le croyait : 10, 20, 40 ans? A vrai dire personne ne le sait.
Les supports imprimés classiques sur papier ont eux aussi une durée de vie très courte, de même que les encres que nous utilisons dans nos stylos plumes, pour ceux qui s’en servent encore. Il suffit de rouvrir, pour ceux qui les ont gardés, nos anciens cahiers de classe. Pareil pour nos photos, nos vidéos …
Alors qu'on retrouve, des siècles après, des documents écrits par nos ancêtres, témoignages de civilisations disparues, que restera t-il de la masse des documents actuels dans quelques siècles?
Allons-nous devenir des hommes sans mémoire?
Bonjour Marie-Laurence,
En fait, tu as à la fois raison sur la volatilité des supports et tort sur ta conclusion. Reprenons. Concernant ta référence à Fellini, c'est ce qui se passe par exemple à Lascaux. La grotte après être restée env.15000 ans dans une atmosphère confinée a subi l'attaque bactériologique des touristes, et plus récemment de la négligence, semble-il, des ouvriers qui faisaient des travaux de restauration du système de ventilation. Mais Lascaux II existe. Il en va de même pour les pièces de bois ou de métal que l'on retrouve dans la mer et qui doivent subir un traitement spécial sous peine de tomber en poussière ; idem pour les momies, etc... Concernant les supports écrits, les choses sont à la fois similaires et différentes. Tout dépend déjà du support, cuir (vélin), papier ancien, papier "moderne", etc... un papier à base de fibre de bois du XVIIème tiendra beaucoup mieux la route qu'un papier blanchi à l'eau de javel ; tout comme la qualité de l'encre...si vos fiches paye ont été tirées sur des imprimantes à aiguilles à la fin des années 80, elles risquent d'être vierges à l'heure actuelle. Concernant les images fixes et animées, les supports magnétiques même topo. C'est pourquoi l'INA a entrepris une gigantesque campagne de numérisation des archives videos et audio(radio, télé...); et enfin pour les supports numériques on sait que la durée de vie est limitée sans en connaitre les limites. Bref
Dans tous les cas, le problème est connu, et ça fait bien longtemps qu'archivistes, bibliothécaires, etc... conservent leurs fonds sensibles dans des conditions de température, de lumière et d'hygrométrie très strictes et plus récemment engagent un programme de numérisation des documents. Concernant la musique, même si un vinyle était rayé, il existe quelque part une matrice qui permet de le represser. Le problème se pose quand il n'y a pas de master et là aussi des entreprises de sauvegarde existent. La BNF se pose la question de l'archivage des blogs, bref (2)... au niveau domestique, chacun sait qu'il doit sauvegarder ses données ailleurs que sur son PC (disque dur externe ou mieux maintenant, n'importe quelle plateforme de sauvegarde de données personnelles sur Internet). La conservation, la sauvegarde font parties du boulot des bibliothécaires, discothécaires, archivistes, archéologues, conservateurs de musées, etc... Ainsi donc je pense que la conservation du patrimoine est prégnante dans le monde actuel et que rarement notre mémoire aura été aussi bichonnée ; même s'il y a des pertes, c'est fatal. Cette mémoire change de support parfois, mais demeure et reste transmissible. A chacun aussi de conserver son bout de mémoire qui n'est plus une pile de lettres parfumées liées par un cordon doré, mais des SMS, des mails, une séquence vidéo. Les outils existent, ils sont perfectibles, mais il faut les utiliser.
A bientôt
Rédigé par: Etienne JEAN | le 12 avril 2008 à 10:06
Ah on reconnait le pro! N'empêche qu'en dehors des supports bichonnés par tous ceux qui savent le faire, les autres disparaissent,mais cela a aussi des côtés positifs. Si certains bulletin de notes peuvent disparaître, j'en connais qui ne seraient pas fâchés. Et les tickets de cartes de crédit? Pareil!
Trêve de plaisanterie, chez les Egyptiens, très peu écrivaient, on pouvait donc tout garder, mais aujourd'hui, comment les professionnels font-ils le tri, comment et sur quelles bases choisissent-ils ce qui doit pouvoir traverser le temps ou pas?
Pour ma part, je soutiens le projet porté par M Besson, de créer un centre régional des archives cinématographiques ici, dans une ancienne friche réhabilitée, pour l'instant abrité au CRRAV. C'est une bonne idée, mais il me disait que d'innombrables supports de film étaient pour l'instant remisés chez des particuliers, ou des entreprises, et que sans protection d'aucune sorte, ceux-ci, tout une partie de la mémoire, dans notre région comme ailleurs, risquait de disparaître.
Rédigé par: ML Davoine | le 14 avril 2008 à 10:50
"... ici, dans une ancienne friche réhabilitée, ..."
Sais-tu, Marie-Laurence, que certains ont le projet de faire un livre "avant-pendant-après" sur la zone où est située cette friche.
Sais-tu, Marie-Laurence, que mardi passé j'étais sur cette zone avec un groupe d'enfants d'une dizaine d'années du quartier de l'Epidême qui y consacrent un travail de mémoire. Ils ont fait appel à la mienne pour leur raconter ce qui était avant.
Sais-tu, Marie-Laurence, que j'ai également un projet vidéo sur le quartier de La Mousserie qui recueillera des témoignages des "derniers" anciens premiers habitants arrivés au début des années cinquante. Le temps presse, ils sont, nous sommes en voie de disparition.
Je ne crois que les hommes deviendront sans mémoire.
Il faut simplement leur donner,nous donner les moyens de la constituer.
Salutations amicales !
Rédigé par: Patrick Rose | le 14 avril 2008 à 16:35