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Nouveaux nouveaux nouveaux programmes scolaires.

Lundi 21 Avril 2008 

C'est une tradition bien ancrée. Chaque nouvelle équipe ministérielle qui passe doit laisser une empreinte de son passage. Un peu comme lorsqu'on a, ado, gravé ses initiales dans l'écorce d'un arbre immortalisant l'amour du moment « CR + JH = coeur ». Au mépris des réalités de terrain et des équipes, qui en ont assez des changements permanents et imposés, et au mépris surtout d'une politique cohérente.

Dernier exemple en date, la réforme des programmes scolaires, établie on ne sait comment par on ne sait qui, partant de constats erronés pour arriver à des propositions simplistes.

File_306139_264337 Certes l'éducation de nos enfants doit être notre priorité. Ce que leurs professeurs leur apprennent doit leur permettre de construire leur vie, pour eux et pour les autres. Ce que nous savons, ou croyons savoir, évolue chaque jour. Cela implique que ce que nos enfants apprennent doit être réactualisé. Soit.

La stratégie choisie par le Ministre de l'Education Nationale ne diffère guère de celle du gouvernement tout entier. Une déclaration de principe à laquelle on ne peut qu'adhérer suivie immédiatement par une bulle de savon qu'on fait mousser par de la communication.

Préoccupée par l'illettrisme, comment ne pas souscrire à la volonté de « revenir aux fondamentaux »?

Seulement, les exigences posées sont tellement dérisoires qu'elles n'auront pour effet que de diminuer encore et encore le niveau requis en expression écrite et orale.

Les exigences en terme de niveau sont une chose, viennent s'y ajouter les horaires. Les 3 heures d'enseignement en moins du samedi matin inquiètent plus d'un parent, plus d'un enseignant. Les autorités pédagogiques ont fort à faire pour les convaincre de l'efficacité de leur dispositif. Moi, je constate surtout que l'Education Nationale se tourne vers les Communes pour occuper les enfants pendant ces heures là.

Cole2uv Ces heures du samedi matin seront destinées au soutien aux enfants les plus en difficulté? Qui décidera? Les enseignants? Les parents? Les enfants? Les enfants doivent tous bénéficier du même nombre d'heures d'école, et cela le plus possible. Les heures de soutien doivent arriver en plus et être ciblées : lorsqu'un enfant a des difficultés, ce n'est pas forcément par le soutien scolaire qu'on doit l'aider. Cela peut être un problème médical (vision, audition, dyslexie), ou un problème social perturbant l'enfant au point qu'apprendre à l'école devient secondaire. Que peut le soutien scolaire contre ça? Au contraire, nous manquons cruellement de médecins scolaires, et on supprime des postes d'assistant social.

Mais on vous explique doctement que le ratio élève/professeur est inférieur en France que dans les pays européens et que c'est pour cela qu'on supprime des postes? Que répondre à cela ? (je fais du Sarkozy...) Je vais vous le dire : ce ratio est calculé sans tenir compte des professeurs réellement face aux élèves. Car il y a un nombre incalculable d'enseignants qui n'enseignent pas mais qui comptent dans les statistiques.

Ces nouveaux programmes, en laissant une liberté d'interprétation de leur contenu presque totale faute de faire des choix, laissent aussi autant de versions des choses à enseigner qu'il y a de professeurs. Cette liberté de ne rien vouloir imposer ressemble à ce qui est souvent reproché aux parents en ces jours où la parentalité est régulièrement mise en accusation face à l'inconduite de leurs enfants. L'école s'apprête à faire ce qu'elle voudrait voir cesser de la part des parents sous prétexte de liberté. Or un cadre pour grandir et apprendre n'est pas une entrave à la liberté, bien au contraire, un enfant a besoin de guides et de repères pour avancer en sécurité vers sa propre liberté. De même, il est très déstabilisant pour un salarié de ne pas avoir une direction à suivre. Un navire où il n'y a pas de capitaine est un navire à la dérive.

Institutionnaliser un horaire incompressible hebdomadaire pour l'acquisition des fondamentaux pendant la classe (puisqu'il devient nécessaire de le préciser), analyser et solutionner les causes de l'échec lorsqu'ils sont médicaux ou sociaux, ne pas reporter sur les parents la responsabilité de remédier à l'échec car cela ne fait que reproduire les inégalités, demander aux professeurs sur le terrain, devant des élèves, ce qu'il en pensent, revoir le collège unique. De nombreuses pistes sont à explorer avant de renoncer. Garder le bon et améliorer le reste.

L'école à deux vitesses est en marche.

Cette note a été inspirée par un article de Luc Ferry et de Jack Lang dans le Nouvel Observateur du 13 au 19 Mars 2008.

Comme des châteaux de sable

En supprimant un lien inactif aujourd’hui, je me suis rendue compte qu’en supprimant un blog, c’était une petite aventure, une partie de notre histoire collective ou d’un parcours individuel qui disparaissait. Car cela passe aujourd'hui aussi par internet.

Sans flamme, sans décomposition. Pfft, comme ça.

Je pense à cette scène de Fellini dans « Roma », dans laquelle une simple ouverture dans une salle souterraine fait disparaître des fresques millénaires en quelques minutes.

Ainsi va la vie sur le net.

Sable_1_ On disait autrefois que les paroles s’envolent et les écrits restent et que. Aujourd’hui, il semblerait que les deux s'envolent.

Même les compact discs, à qui on accordait la vie presque éternelle, ont une durée de vie beaucoup plus courte qu’on ne le croyait : 10, 20, 40 ans? A vrai dire personne ne le sait.

Les supports imprimés classiques sur papier ont eux aussi une durée de vie très courte, de même que les encres que nous utilisons dans nos stylos plumes, pour ceux qui s’en servent encore. Il suffit de rouvrir, pour ceux qui les ont gardés, nos anciens cahiers de classe. Pareil pour nos photos, nos vidéos …

Alors qu'on retrouve, des siècles après, des documents écrits par nos ancêtres, témoignages de civilisations disparues, que restera t-il de la masse des documents actuels dans quelques siècles?

Allons-nous devenir des hommes sans mémoire?

La politique territoriale comme unique objectif?

Après notre beau succès aux élections municipales, surtout à Tourcoing, une question insistante, lancinante et agaçante est posée dès lors qu'un journaliste rencontre un socialiste.

Reg04dg  Aurions-nous renoncé aux responsabilités de niveau national pour nous concentrer sur les collectivités territoriales, Régions, Départements, Mairies, intercommunalités, sous prétexte que nous gagnons les unes et perdons les autres?

Qu'est ce que cela veut dire? Qu'on perd parce qu'on renonce? C'est une belle idée, mais c'est de la philosophie de comptoir. Ou qu'on doit renoncer parce qu'on a perdu? Cela, c'est sans compter les données de la vie politique où les choses changent et se renversent à la vitesse de l'éclair. Vous voulez des exemples?

Ce n'est pas parce que nous avons renoncé que nous avons perdu les présidentielles. C'est la résultante de plusieurs facteurs conjugués, dont l'habileté de Sarkozy à communiquer, les maladresses de notre candidate, l'influence des sondages, notre flou idéologique, le besoin de croire à ce qu'on vous raconte parce que c'est ce qu'on a envie d'entendre... etc

Encore ce matin, le Ministre du budget nous expliquait doctement qu'il était absolument impératif de mettre en place une rigueur budgétaire et un grand plan d'économie – mais ce n'est pas du tout le plan d'austérité budgétaire que la gauche prédisait avant les élections, rien à voir! - pour réduire la dette et les déficits. Soit. C'est sûr que le poste prioritaire d'un budget national ne doit pas être les intêrets de la dette. Donc, on ne remplacera pas un fonctionnaire sur deux, la quantité « n'étant pas un gage de qualité ». Soit, mais le contraire appliqué de façon systématique ne saurait pas non plus être vrai.

Pas à une contradiction près, le Ministre annonce que l'Education Nationale reste néanmoins une priorité. AH BON? On n'avait pas remarqué ici, dans la Région, où le niveau de formation des élèves reste en deça du niveau national et où les suppressions de postes sont dramatiquement élevées depuis des années. 35 élèves par classe en Terminale, sachez que c'est un gage de qualité de l'enseignement pour le Ministre.

Question de choix politiques. C'est pour cela qu'il faut absolument que nous regagnions ce niveau là de pouvoir. Certains se disent que les collectivités territoriales, c'est satisfaisant comme objectif politique, or nous, socialistes, devons rester attachés à un Etat garant de l'équité des services publics dans les territoires.

Même s'il est indéniable que ce sont les collectivités territoriales qui sont devenues les lieux de décision primordiaux pour les grands dossiers, on voit bien qu'un parti politique de gouvernement qui privilégie la puissance de l'argent à la justice sociale signifie pour les Français qu'ils vont payer la réduction des déficits d'une autre manière, qui commence par l'avenir de leurs enfants et peut faire des dégâts irréparables.

Regagner le pouvoir national devient une priorité de premier plan, et si nous sommes capables de faire très bien localement, nous devons prouver que nous sommes tout aussi capables d'assumer des responsabilités nationales.

Le monde va comme il veut. Doit-on le laisser faire?

Ce qu'on nomme parfois l'exception française a la vie dure. Dans les deux sens du terme. Le syndrome du village gaulois est parfois difficile à vivre, on se sent un peu seul au monde. Pourtant, la résistance est forte et persistante face à l'invasion mondiale par une idéologie idôlatre de l'économie triomphante.

Un seul exemple à l'anglo-saxonne, le chômage baisse en France, mais pour quels emplois? Des emplois précaires favorisés par le démantèlement du code du travail, dans des conditions de travail qui révèlent parfois des abus de pouvoir inacceptables.

Le monde va certes comme il veut, doit-on pour autant le laisser faire lorsqu'il ne va pas bien. Personne, en tout cas à gauche, ne peut se satisfaire du nivellement par le bas du niveau de vie, même dans les pays économiquement les plus riches. La justice sociale, déjà bien malade, ne peut pas résister aux assauts violents des puissances d'argent.

J'entendais un reportage disant que la rigueur budgétaire actuelle, cette période d'austérité qui ne veut pas dire son nom – on se demande bien pourquoi – devait être mise en place. Les autres pays du monde ne vont pas mieux. La France doit réduire ses déficits à tout prix. On appelle cela une période de vaches maigres. Car l'Etat est désargenté. Je ne suis pas expert financier, mais lorsqu'on n'a plus d'argent, on ne commence pas par en donner généreusement à ceux qui en ont le moins besoin. Surtout pas en puisant largement dans les dépenses d'intérêt public comme l'éducation.

Comment peut-on silencieusement, unilatéralement, déstabiliser à ce point notre éducation nationale? Comment peut-on accepter la destruction de filières complètes dans les lycées, dans les réseaux d'enseignement soit disant prioritaires ? Alors que les collectivités territoriales, au titre de leurs compétences, y ont investi consciencieusement, soucieuses de l'avenir de nos enfants et de celui de l'économie des territoires?

Ne nous étonnons pas des réactions des parents, des élèves, des équipes pédagogiques, des élus, des usagers lorsque les décisions prises le sont sans concertation, dans l'urgence juste après les élections municipales.

Je n'aimerais pas avoir à appliquer les décisions gouvernementales en ce moment. Confrontées aux réalités de terrain, qui sont fondamentalement différentes voire opposées aux arbitrages nationaux, celles-ci sont indéfendables par les représentants locaux de l'Etat républicain dont, décidément, je me fais une autre idée de l'action.