Au cours de ces derniers mois, la part de l’industrie dans le PIB est passée de 31 à 27 % (de mémoire). Quand on sait qu’un emploi industriel crée 3 emplois certes indirects mais bien réels, il y a de quoi se faire du souci car c’est un gâchis incroyable de compétences qui disparaît. La dégradation de la situation de notre industrie est inquiétante, d’autant plus que si l’on y regarde de plus près, on constate que ce ne sont que quelques très grosses sociétés qui constituent cette industrie : automobile, aéronautique, militaire, agro alimentaire. Ce n’est pas nouveau et surtout, c’est culturel. Notre modèle très centralisé a contribué à développer ce schéma avec, en corollaire, ce travers. Le modèle rhénan n’a pas traversé la frontière.
L'échelon intermédiaire de PME/PMI de 300/ 500 personnes, capables de se développer à l’international, de contribuer à stabiliser notre industrie et à combler notre déficit extérieur chronique est précisément celui qui nous fait défaut.
Cela est-il pour autant inéluctable et définitif? Je ne le pense pas, pour peu qu'on s'en donne les moyens.
La France des industries a de très bons atouts. Encore faut-il les mettre en valeur et en marche : nous sommes le premier pays européen d’implantation de filiales en Europe. Ce qui prouve bien qu'il est attractif, sinon les investisseurs économiques iraient s’installer ailleurs. Ce qui prouve aussi que tout ne se résume pas à une baisse du taux d’imposition, n’en déplaise à l’UMP.
Quels sont nos atouts? Personnel bien formé et qualifié, productivité, motivé, qualité de la recherche ( qu'il faut absolument sauvegarder!), excellente infrastructure routière, ferroviaire, aéroportuaire et logistique, administration efficace, réseau consulaire puissant, bonne image de marque des produits français.
Alors comment faire pour que cela fonctionne? Ce qui nous manque, en plus ce qui est écrit plus haut, c’est sans doute la mise en réseau et une solidarité réelle. J’avais observé, il y a plusieurs années, que dans la filière industrielle textile, régnait trop souvent le repli sur soi, alors que l’on avait tout intérêt à mettre ses forces en commun. Des exemples prouvent que l’on peut partager des compétences, en contribuant à faire baisser des coûts, trop lourds pour une société seule: plate forme commune d’exportation, participation à des salons lointains, prospection, commercialisation, recherche, partage de compétences. Voilà un aspect.
Un autre aspect: le volet financier, et là il faut aller voir du côté de l’Allemagne, comment les banques régionales s’impliquent dans le tissu industriel local, avec très souvent des participations chez leur client, sous forme de participation au capital ou sous forme d’appui en terme de renseignement, de réseau, de formation, d’enquêtes sectorielles...
La sous-capitalisation structurelle de nos PME est, en effet, un frein à leur développement. Nous avons tout intérêt à soutenir ces entreprises intermédiaires qui sont souvent liées à une ville, un département une région et qui se placent souvent dans le long terme et ne délocalisent pas pour un oui ou un non.
La transmission d’entreprises pose souvent problème et il n’est pas rare de voir partir des fleurons dans des mains étrangères faute de repreneur. Et alors, évidemment, vu de Philadelphie (ou d’ailleurs), cette entreprise ne représente plus qu’un enjeu financier et l’aspect humain, le tissu local, n’a plus d’importance ou si peu.
Vous allez me dire que je suis en train d’inventer l’eau chaude, peut-être, néanmoins je pense que tout reste à faire dans ce domaine et que là encore tout n’est pas une question d’argent, mais de volonté politique, de vouloir élaborer une véritable stratégie industrielle. On en est à 1000 lieues avec ce gouvernement.
Au fait, qui peut citer spontanément le nom du Secrétaire d’Etat responsable des PME?