Après le fichage des enfants dès l'age de 3 ans suggéré en 2006 par le Ministre de l'Intérieur Sarkozy, après le rapport Bénisti et signé par C. Vanneste, repris aujourd'hui par le porte parole de l'UMP, voici les portiques de sécurité à l'entrée des écoles par le gouvernement du même nom. Désigner un bambin de 3 ans comme un prédélinquant en puissance pour le remettre dans le droit chemin avant qu'il ne devienne irrécupérable pour la société, voilà une opinion très spéciale du genre humain en général et de la jeunesse de son pays en particulier.
On comprend mieux pourquoi le ministre de l'éducation n'hésite pas à supprimer les postes d'enseignants. En effet, à quoi bon perdre toutes ces années à aller à l'école si nous sommes tous dès notre naissance prédéterminés à devenir président de la république ou délinquant?
Heureusement, nous ne sommes pas tous aussi pessimistes. Voici une différence fondamentale entre la gauche et la droite si vous aviez encore besoin de repères. En appeler à une « Europe forte qui protège », concept de gauche par excellence, principe fondamental de la « Région bouclier » ( le Nord-Pas-de-Calais, de gauche justement, pour amortir les coups portés par la droite aux plus fragiles socialement), procède du principe de triangulation dont je vous parlais ici même il y a un an tout juste (note ci après). Par contre, installer des portiques de sécurité à l'entrée des écoles après y avoir supprimé des milliers de postes, ça, c'est bien une idée de droite...
Comme à son habitude, en surfant sur l'émotion engendrée par un événement grave, le gouvernement en profite pour procéder à un matraquage en règle. Cible : les jeunes.
On peut critiquer la gauche sur le sujet de la sécurité, mais les faits sont là et ils sont têtus. La politique sécuritaire de Sarkozy, menée depuis maintenant 2002 n'a mené qu'à un fiasco. Que sont les portiques de sécurité à l'entrée des écoles si ce n'est un aveu d'échec de la politique menée depuis 7 longues années?
Quant à comprendre ce qui peut amener les élèves à amener des armes dans leur école et à agresser leur enseignant, alors là, on ne se pose même pas la question puisque c'est incompréhensible. Et puisque c'est incompréhensible, on tente de supprimer la manifestation ultime du malaise : la violence.
Un préalable : l'aggression est inacceptable. Pour cette raison, ne devons-nous pas avant tout faire l'impossible pour qu'elle ne se déroule pas? Pas d'angélisme ni de laxisme ici.
Première chose, gardons-nous de généraliser. La communauté éducative est constituée en majorité de parents attentifs à bien faire grandir leurs enfants, d'enseignants formidables et engagés, de collectivités concernées et mobilisées et la plupart des jeunes sont positifs et pacifiques.
Ne nous voilons pourtant pas la face. Les difficultés sont là : de nombreux témoignages d'enseignants, en particulier en collèges, qui ne peuvent pas enseigner pendant leurs cours pour de multiples raisons. Indiscipline, niveau insuffisant, manque de repères, élèves qui ne devraient pas être là, inadéquation entre ce que sont les enfants de maintenant, leur niveau d'information, et la manière d'enseigner, ce qui vide de son sens tout enseignement et rend insupportable aux enfants habitués à avoir ce qu'ils veulent la situation assise, en cours, pendant 6 heures voire plus ... N'avons-nous donc aucune responsabilité d'adulte là dedans? Les parents remplissent-ils leur rôle à la perfection? Sont-ils aidés en cas de difficulté?
L'agressivité des élèves envers les enseignants peut être quotidienne. Elle se manifeste aussi de façon verbale, comportementale, psychologique, au moins aussi violente et bien plus courante que l'agressivité physique. Et celle-là, elle passe à travers les portiques de sécurité.
Et alors, on fait quoi? Si on fait partie d'un gouvernement qui considère l'éducation comme une ligne budgétaire à diminuer absolument, on réduit les frais de fonctionnement : la présence humaine. Et on transforme les écoles en forteresses.
Alors que la médiation, la relation de personne à personne, la rencontre avec l'adulte qu'il faut quand il faut, est la seule solution pour venir à bout de cette situation. De multiples facteurs sont causes du malaise, ce qui le rend complexe à contrer.
Là où on ose mettre les moyens sans attendre un bénéfice à court terme, là où la misère sociale n'est pas à ce point prégnante qu'elle occulte tout le reste, là où on prend le problème à la racine, là où on croit au potentiel de chaque enfant ... là où la volonté existe, il y a un chemin.
Commentaires