Frédéric Sawicki : « les partis sociaux-démocrates doivent redéfinir quelles sont leurs priorités » 1ère Partie
Le 18 juillet 2007
Frédéric Sawicki est professeur de sciences politiques à l’Université de Lille 2, directeur du
Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales et chercheur au CNRS,
Il a également participé activement au mouvement « sauvons la recherche ». Il est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans le Monde et d’autres quotidiens et magazines.
Il est auteur avec Rémi Lefebvre (également professeur à science politique) de la « société des Socialistes « (Edition du Croquant).
Il livre dans une interview au quotidien belge « Le Soir » du 11 juillet, une réflexion sur les partis sociaux démocrates européens. Impossible de remettre l’intégralité de ce texte en un seul commentaire, le voici en deux parties. Merci, Frédéric. Vos réactions seront les bienvenues.
En Belgique, les Partis socialistes (francophone et flamand) ont perdu les législatives et pourraient se voir administrer une cure d’opposition. Dans les pays voisins, leurs partis frères ne sont guère plus fringants. Peut-on parler d’une crise structurelle de la social-démocratie en Europe, ou ne s’agit-il que d’accidents conjoncturels ?
Je crois qu’il y a un problème structurel pour les partis sociaux démocrates européens. Après 1945, la social-démocratie s’est construite sur l’état providence, qui a développé des politiques de protections tous azimuts, aussi bien en rapport à la maladie, qu’à la vieillesse, le chômage, la famille ou à la petite enfance. L’idéal de la société sociale démocrate, c’était « toujours plus de social », toujours plus de protection de l’individu. Ce projet politique, qui a eu de beaux succès à son actif – ne fût ce que parce que, jusqu’à il y a peu, les gouvernements de droite n’ont jamais vraiment remis ces politiques d’interventions publiques en cause-, s’est trouvé brutalement en crise à la fin des années 70. D’abord par un problème de ressources, qui se sont révélées insuffisantes pour faire face à l’ensemble des dépenses sociales. Problème de ressources lié à des problèmes démographiques, au vieillissement de la population et à l’allongement des périodes scolaires. De plus en plus de gens se sont retrouvés dans des situations où ils ne travaillaient pas, ne produisaient pas de la richesse pour alimenter l’Etat social. Les délocalisations économiques des grands groupes industriels et la concurrence entre les nations pour accueillir ou maintenir des sièges sociaux ont, par ailleurs, abouti à une diminution tendancielle forte de l’impôt sur les sociétés, et privé, là aussi, le système de ressources importantes. Enfin troisième élément, on a vu émerger de nouveaux problèmes transnationaux, pour lesquels les instruments habituels de la social-démocratie n’étaient pas forcément adaptés : Problèmes liés à l’immigration et à l’intégration, problèmes environnementaux ou problèmes des gestion des capitaux financiers…. A partir de là, les partis sociaux-démocrates ont été confrontés à un double dilemme. D’une part, maintenir la protection pour le plus grand nombre - et en particulier pour les personnes les plus fragiles- et d’autre part, répondre aux attentes ambiguës des couches « moyennes » de la société, allant vers plus de qualité des biens publics, tout en aspirant à des niveaux de consommation élevés et en acceptant donc de moins en moins de payer beaucoup d’impôts. Ce modèle, fondé sur l’acceptation par le public d’un niveau de fiscalité élevé pour une protection sociale importante, est donc entré en crise.
Les partis sociaux-démocrates ont-ils pris la mesure de cette crise, laquelle implique de repenser leur logiciel politique ?
Ce que l’on peut dire, c’est que tous ont plus ou moins adapté leurs pratiques politiques lorsqu’ils étaient au pouvoir : en acceptant de fait l’économie de marché, en cautionnant des politiques lorsqu’ils étaient au pouvoir : en acceptant de fait l’économie de marché, en cautionnant des politiques de libéralisation des marchés financiers ou de certains secteurs comme l’énergie ou les communication, en acceptant, sur le plan européen, des politiques restrictives en matière monétaire, avec des coûts sociaux importants. Et même en essayant de limiter l’augmentation des dépenses publiques … On ne peut donc pas dire qu’on a là des partis « archaïques ». Par contre, ce qui a moins changé, c’est le discours.
A part le parti travailliste européen – où à la suite à la suite de 16 ans d’opposition, on a assisté à un très net changement de doctrine - à part le New Labor donc, dans les autres pays, la clarification n’est pas très spectaculaire. Je pense qu’il y a une double raison à cela.
La première, c’est le fait que beaucoup de dirigeants sociaux-démocrates ont été formés à une époque où l’on était dans le modèle classique que j’ai défini tout à l’heure. La deuxième, et la plus importante, c’est que, pour des raisons électorales, les partis sociaux-démocrates ont du mal à inventer un discours qui satisfasse à la fois à leur base populaire traditionnelle, qui attend un haut niveau de protection sociale, et à la fois les classes moyennes qui, elles, attendent un maintien de l’intervention publique, mais dans les secteurs comme l’éducation, la culture ou l’environnement.






