Frédéric Sawicki : « les partis sociaux-démocrates doivent redéfinir quelles sont leurs priorités » 1ère Partie

Le 18 juillet 2007

3845308947 Frédéric Sawicki est professeur de sciences politiques à l’Université de Lille 2, directeur du
Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales et chercheur au CNRS
,

Il a également participé activement au mouvement « sauvons la recherche ». Il est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans le Monde et d’autres quotidiens et  magazines.

Il est auteur avec  Rémi Lefebvre (également professeur à science politique) de la « société des Socialistes «  (Edition du Croquant).
Il livre dans une interview au quotidien belge « Le Soir » du 11 juillet, une réflexion  sur les partis sociaux démocrates européens. Impossible de remettre l’intégralité de ce texte en un seul commentaire, le voici en deux parties. Merci, Frédéric. Vos réactions seront les bienvenues.

En Belgique, les Partis socialistes (francophone et flamand) ont perdu les législatives et pourraient se voir administrer une cure d’opposition. Dans les pays voisins, leurs partis frères ne sont guère plus fringants. Peut-on parler d’une crise structurelle de la social-démocratie en Europe, ou ne s’agit-il que d’accidents conjoncturels ?

             Je crois qu’il y a un problème structurel pour les partis sociaux démocrates européens. Après 1945, la social-démocratie s’est construite sur l’état providence, qui a développé des politiques de protections tous azimuts, aussi bien en rapport à la maladie, qu’à la vieillesse, le chômage, la famille ou à la petite enfance. L’idéal de la société sociale démocrate, c’était « toujours plus de social », toujours plus de protection de l’individu. Ce projet politique, qui a eu de beaux succès à son actif – ne fût ce que parce que, jusqu’à il y a peu, les gouvernements de droite n’ont jamais vraiment remis ces politiques d’interventions publiques en cause-, s’est trouvé brutalement en crise à la fin des années 70. D’abord par un problème de ressources, qui se sont révélées insuffisantes pour faire face à l’ensemble des dépenses sociales. Problème de ressources lié à des problèmes démographiques, au vieillissement de la population et à l’allongement des périodes scolaires. De plus en plus de gens se sont retrouvés dans des situations où ils ne travaillaient pas, ne produisaient pas de la richesse pour alimenter l’Etat social. Les délocalisations économiques des grands groupes industriels et la concurrence entre les nations pour accueillir ou maintenir des sièges sociaux ont, par ailleurs, abouti à une diminution tendancielle forte de l’impôt sur les sociétés, et privé, là aussi, le système de ressources importantes.  Enfin troisième élément, on a vu émerger de nouveaux problèmes transnationaux, pour lesquels les instruments habituels de la social-démocratie n’étaient pas forcément adaptés : Problèmes liés à l’immigration et à l’intégration, problèmes environnementaux ou problèmes des gestion des capitaux financiers…. A partir de là, les partis sociaux-démocrates ont été confrontés à un double dilemme. D’une part, maintenir la protection pour le plus grand nombre - et en particulier pour les personnes les plus fragiles- et d’autre part, répondre aux attentes ambiguës des couches « moyennes » de la société, allant vers plus de qualité des biens publics, tout en aspirant à des niveaux de consommation élevés et en acceptant donc de moins en moins de payer beaucoup d’impôts. Ce modèle, fondé sur l’acceptation par le public d’un niveau de fiscalité élevé pour une protection sociale importante, est donc entré en crise.

Les partis sociaux-démocrates ont-ils pris la mesure de cette crise, laquelle implique de repenser leur logiciel politique ?

           Ce que l’on peut dire, c’est que tous ont plus ou moins adapté leurs pratiques politiques lorsqu’ils étaient au pouvoir : en acceptant de fait l’économie de marché, en cautionnant des politiques lorsqu’ils étaient au pouvoir : en acceptant de fait l’économie de marché, en cautionnant des politiques de libéralisation des marchés financiers ou de certains secteurs comme l’énergie ou les communication, en acceptant, sur le plan européen, des politiques restrictives en matière monétaire, avec des coûts sociaux importants. Et même en essayant de limiter l’augmentation des dépenses publiques … On ne peut donc pas dire qu’on a là des partis « archaïques ». Par contre, ce qui a moins changé, c’est le discours.

A part le parti travailliste européen – où à la suite à la suite de 16 ans d’opposition, on  a assisté à un très net changement de doctrine - à part le New Labor donc, dans les autres pays, la clarification n’est pas très spectaculaire. Je pense qu’il y a une double raison à cela.

La première, c’est le fait que beaucoup de dirigeants sociaux-démocrates ont été formés à une époque où l’on était dans le modèle classique que j’ai défini tout à l’heure. La deuxième, et la plus importante, c’est que, pour des raisons électorales, les partis sociaux-démocrates ont du mal à inventer un discours qui satisfasse à la fois à leur base populaire traditionnelle, qui attend un haut niveau de protection sociale, et à la fois les classes moyennes qui, elles, attendent un maintien de l’intervention publique, mais dans les secteurs comme l’éducation, la culture ou l’environnement.

La troisième gauche

Je vous incite à lire cette tribune de Thibault Tellier, Maître de Conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille III. Ce n'est pas le format BLOG, mais un petit effort de lecture alimentera votre réflexion estivale. Je partage cette analyse, en particulier sur la distance qui s'est créée entre le Parti et les intellectuels. Réhabilitons les clubs de réflexion! Merci Thibault.

Tellier001 Plus encore que la défaite politique, c’est sans aucun doute la défaite intellectuelle qui doit interpeller le plus les dirigeants de la gauche. Sur de nombreux sujets de société, celle-ci, à commencer par le parti socialiste, n’a pas été en mesure d’opposer au candidat Sarkozy une argumentation claire susceptible de convaincre les électeurs. L’exemple de Mai 68 est à ce propos significatif. Nicolas Sarkozy a pu, sans véritablement être inquiété, condamner sans appel la « pensée 68 » et ceci, sans que la gauche lui rappelle par exemple que dans certains domaines comme celui de l’urbanisme, la droite elle-même, durant les premières années du septennat Giscard, avait repris à son compte plusieurs idées développées au cours de ce mois de mai 68. Le candidat néo-libéral, sous couvert de rupture, a pu tranquillement convaincre les Français de son programme sans que la gauche soit en mesure de lui opposer une vision claire et cohérente de la société qu’elle envisageait pour la France du XXIème siècle.

Au lendemain de ce 6 mai 2007, il paraît acquis que le cycle d’Epinay s’achève. La stratégie qui consistait à s’appuyer sur le parti communiste a disparu faute d’allié. Le parti socialiste se retrouve en fait seul face à son destin. lI lui faut donc inventer une autre gauche, une troisième gauche en quelque sorte qui, sans écarter les Verts et les communistes, parvienne à amener à elle d’autres forces politiques qui se retrouvent dans les mêmes valeurs. Sans perdre les leçons de la première gauche (mitterrandienne) sur la tactique politique, il lui faut également prendre à son compte l’héritage intellectuel de ce que naguère on a appelé la « deuxième gauche » et qui a été trop souvent rejetée par la première au motif que Michel Rocard en était le principal inspirateur.

Certains thèmes mis en avant par la candidate socialiste au cours de la campagne présidentielle s’inspirent pourtant directement d’expériences lancées par des élus socialistes issus de cette culture politique comme Hubert Dubedout à Grenoble qui, dès 1965, lançait les GAM (Groupe d’action municipale). Ceux-ci sont parvenus à faire réfléchir autour de thèmes comme les communautés d’habitants et la démocratie locale au quotidien, des communistes, des socialistes et des chrétiens. Au cours de ses années de pouvoir, la gauche s’est trop laissée enfermer dans une technocratie qui a fini par l’asphyxier totalement du point de vue intellectuel. La Politique de la Ville en est un exemple parmi d’autres. Après un discours politique sur le développement social des quartiers initié par le même Hubert Dubedout d’ailleurs, la gauche, dans les années 1990, s’en est remis à une orientation plus gestionnaire et technocratique qui l’a coupée des forces vives qui composent pourtant ces zones urbaines en mouvement. Dans l’un de ses ouvrages, le sociologue Olivier Masclet a d’ailleurs montré comment, au cours de ces années, le divorce entre la gauche et les cités s’est opéré.

En réalité, plus qu’à une alliance politique avec les centristes qui paraît bien improbable à l’heure actuelle, c’est à une recherche de convergences intellectuelles que les socialistes doivent se livrer avec celles et ceux qui se réclament de la démocratie chrétienne. Les thèmes liés justement à l’expression de la démocratie locale qui permettent de se retrouver entre habitants pour discuter, échanger, travailler, appartiennent à un registre sur lequel les socialistes et les démocrates chrétiens peuvent aisément se retrouver face à une droite libérale qui préconise plutôt une juxtaposition de propriétaires soucieux avant tout de leurs intérêts particuliers. Il faut aussi, de ce point de vue, que la gauche soit de nouveau en capacité de parler à celles et ceux qui vivent dans les cités populaires ainsi qu’à ceux qui y travaillent au quotidien, à commencer par les enseignants et les travailleurs sociaux qui, pour la plupart d’entre eux, ont aujourd’hui perdu espoir dans la gauche gouvernementale et ses ambitions réformatrices. Cela passe aussi par la reconstitution des réseaux qui assurèrent par exemple le succès du PSU dans les années 1970 concernant la vie sociale des grands ensembles. Il ne doit pas y avoir de sujets tabous de discussion. Les expressions politiques qui se sont exprimées au cours des débats participatifs initiés par Ségolène Royal doivent servir de base à un nouveau dialogue entre toutes les forces sociales du pays, y compris celles qui se situent dans la lignée séculaire du christianisme social et qui partagent avec les composantes de la gauche les mêmes valeurs. Il ne faut pas perdre de vue que dans les années 1960, autour de la guerre d’Algérie notamment, il a existé de profondes convergences entre progressistes issus pour une part du syndicalisme chrétien et d’autre part, les socialistes qui ont su s’émanciper de la vieille SFIO dirigée par Guy Mollet. N’oublions pas non plus que Jacques Delors par exemple, avant de rejoindre le parti socialiste, a été l’une des chevilles ouvrières du concept de Nouvelle société défendue en son temps par Jacques Chaban Delmas. Si la logique née du congrès d’Epinay a certes permis aux socialistes de conquérir le pouvoir, elle a aussi mis en avant une logique de bloc contre bloc, obligeant ainsi certains militants sociaux à choisir ou non nettement la stratégie de l’union de la gauche au détriment d’un positionnement plus large.

La gauche doit donc réinvestir les cercles intellectuels, les lieux de débats beaucoup plus qu’elle ne le fait aujourd’hui. Elle doit davantage se rapprocher et s’inspirer de cercles intellectuels comme celui de la République des Idées animé par Pierre Rosanvallon. Le temps est venu de développer à nouveau les clubs politiques qui, sans être affiliés directement au parti socialiste, lui servaient de vivier à idées. Le succès de l’ouvrage « L’autre campagne » paru au début de cette année témoigne de la nécessité pour la gauche de gouvernement de pouvoir s’inspirer de cercles de pensée souvent audacieux en terme de propositions. Il lui faut favoriser la parole d’une nouvelle génération d’intellectuels qui, proches de la mouvance sociale démocrate, n’ont toutefois pas forcément envie de s’engager dans un parti qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento et qui tient ces cercles de réflexion trop en lisière de ses pratiques. Plus que de regretter la « conversion » d’anciens maoïstes au sarkosisme, elle doit ouvrir très largement ses portes à ces jeunes intellectuels à l’image de l’économiste Thomas Piketty qui s’est clairement engagé dans la campagne aux côtés de Ségolène Royal.

En tout état de cause, la gauche ne peut se contenter d’une logique gestionnaire, comptable même de la politique. C’est également dans le débat d’idées qu’elle doit s’imposer à nouveau. Elle doit renouer le dialogue intellectuel avec toutes celles et ceux qui refusent que les valeurs du repli sur soi, de l’entre soi ne deviennent les nouvelles valeurs nationales. En cela, la prochaine élection présidentielle prévue en 2012 doit être son nouvel horizon. Pour y parvenir réellement, elle doit remettre à plat toute sa doctrine dans un nouveau cadre institutionnel et sociétal qui s’incarnera dans une VIe République.

L’invention d’une nouvelle République, démocratique, égalitaire et sociale, qui se retrouve dans les valeurs exprimées par exemple par le Conseil national de la Résistance dont à l’époque, en l’absence d’une droite largement compromise avec le régime de Vichy, communistes, socialistes et démocrates chrétiens étaient les portes paroles, doit désormais être le nouvel horizon de tout ceux qui ne se retrouvent pas dans le programme du nouveau chef de l’Etat. Avant même de parler arithmétique électorale, c’est de débats d’idées dont la gauche a le plus besoin. Pour finir sur une référence désormais proscrite par le nouveau pouvoir en place puisque héritière directe de Mai 1968, celle de l’autogestion et de l’aventure des LIP, c’est l’imagination qui ramènera la gauche au pouvoir dans cinq ans. Le combat est à engager dès maintenant.

Le Parti socialiste français vu de Belgique

Vous je ne sais pas, mais moi, j'ai besoin d'un regard extérieur sur nous, qui sommes toujours en train de nous regarder le nombril avec le résultat que l'on sait. J'ai donc invité Minnelli, soutien sans faille de Ségolène Royal, à nous faire part de son analyse que voici:

Photo49520_6  Comme les 47% des électeurs français, il est des belges, dont je suis, et d’autres d’ailleurs peut-être, qui ne digèrent pas la défaite de Ségolène Royal. Leur patrie est la gauche. Et quand la gauche souffre, quelle soit espagnole, italienne, belge ou française, ils souffrent eux aussi. Ils s’interrogent également. Je me questionne donc. Et je me surprends sur la portée de mes questions : elles agitent la gauche en général et pas seulement la française.

Mais, qu’est-ce que la gauche française a fait qu’elle n’aurait pas dû faire ? Qu’est-ce que la gauche française n’a pas fait qu’elle aurait dû faire ? Quelque part, mes interrogations m’inquiètent. Je fais un inventaire des valeurs de gauche et je me surprends à les nuancer. Et précisément celle auquel je tiens le plus :

La solidarité. Peut-on être solidaire d'un malade du coeur qui fume cigarette sur cigarette? Peut-on être solidaire du diabétique qui mange du chocolat exagérément? Peut-on être solidaire d'un malade en hypertension qui absorbe du sel à la louche, façon de parler. Peut-on être solidaire du chômeur installé dans la vie grâce à des heures prestées en black?... Les exemples abondent.

Celui qui ouvre son portefeuille pour faire face aux malheurs de son voisin, apprécierait une remise en ordre juste des valeurs, des toutes les valeurs. Tout n’est pas dû à celui qui est dans le malheur parce qu’il s’y trouve. Il doit lui aussi faire un effort pour s’en sortir.  Sarkozy ne pourrait pas mieux dire.

Et pourtant, nous devrons, nous aussi, nous battre sur ce terrain si nous voulons convaincre l’électeur du sérieux de notre vision globale. Et ce terrain n’est pas le nôtre en plus. Nous nous sentons gêner aux entournures. La gauche future doit s’en préoccuper, rapidement. Ou alors….c’est l’explosion sociale. J’ai fait part de tout ceci à Marie-Laurence il y a une quinzaine de jours.

L’intervention de DSK dans le Nouvel Observateur du 31 mai au 6 juin, numéro 2221 conceptualise  cette vision concrète. Lisez cet article et vous y trouverez ceci :

« Regarder le monde tel qu’il est, avec les Français tels qu’ils sont. »… « …notre lecture de la lutte des classes est totalement dépassée »… « …nos grilles de lecture, obsolètes… » « ... redéfinir ce qui fonde une société juste… » « …socialisme du réel… »… « …Etat social renouvelé… » « …il s’agit de faire face à la réalité pour pouvoir la changer… »

Utilisons notre esprit critique à bon escient. N’acceptons aucun dogme, même les nôtres. Il n’est de vérité que dans l’instant. Vive la gauche, toujours en mouvement !

Jacques De Paoli.

Tombés au champ du travail

A l'heure où l'un des sujets du bac philo est "que gagnons nous à travailler?", à l'heure où la question de la répartition du travail est brûlante, à l'heure où nous ne savons plus très bien nous positionner politiquement sur la façon de redistribuer la richesse créée par le travail, cette note de Françoise Mesnard,une collègue du Poitou-Charentes tombe à pic. Merci à toi, chère Françoise.

"Le silence sur les souffrances et les détresses du monde professionnel n’est brisé que par le suicide.
QUOTIDIEN : mardi 12 juin 2007


Le travail est la cause des catastrophes sanitaires les plus importantes actuellement dans notre pays. ­ Drame de l’amiante avec ses 100 000 morts programmés. Suicides en série dans les entreprises, partie émergée d’une souffrance au travail grandissante responsable de véritables épidémies de dépressions et d’épuisement professionnel. Les 15 000 morts de la canicule avaient déclenché déclarations retentissantes, démissions en série, enquêtes parlementaires et dispositions réglementaires. Aujourd’hui, les catastrophes sanitaires liées au travail ne déclenchent qu’un silence assourdissant.

Les veuves de Dunkerque manifestent en vain sur la place publique, les médecins du travail écrivent des livres blancs. Rien. Les morts tombés au champ du travail sont frappés par une loi du silence que rien ne vient lever. Pendant ce temps, dans le secret de nos cabinets médicaux, se raconte la détresse de tous ces salariés dont la dignité et l’estime de soi ont été déglinguées par le travail.

Souffrance indicible tant le travail occupe une place importante pour chacun d’entre nous dans l’épanouissement et la réalisation de soi.

Parce que personne ne peut mettre sa vie entre parenthèses quand il est au travail. Parce que parfois le travail envahit tout l’espace.

Le suicide est le geste ultime de celui qui ne voit plus d’issue et qui n’a plus le courage de continuer.

Alors quand les soucis personnels se surajoutent, c’est l’implosion, le dévissage brutal et incompréhensible pour l’entourage.

Surcharge, pression, complexification, contrôles incessants, procédures ­in­a­daptées, objectifs irréalistes - quotidien de nombreux salariés - sont les causes de cette épidémie.
Dans cette bataille pour bien faire leur travail, les salariés y laissent plus que la sueur de leur front, car la grande majorité y mettent le meilleur d’eux-mêmes.
Et ils y perdent aussi le meilleur d’eux-mêmes.

Face à cette détresse, nul n’est besoin de convoquer psychiatre et gestionnaire du stress. C’est le travail qu’il faut ­convoquer. Car c’est le travail qui est ­malade.

Dialogue autour de la réalité du travail quotidien, aménagement de l’organisation du travail, règles de métier collectives, respect des limites physiologiques humaines, formation et promotion sociale sont les seuls traitements efficaces dans cette nouvelle catastrophe sanitaire qui s’annonce.

Soigner le travail doit être déclaré priorité nationale de santé, et les traitements, mis en œuvre dans chaque entreprise. Vite."

Alors, vous allez vraiment faire ça?

Je trouve cela tellement prenant, tellement mieux dit que je ne pourrais jamais le dire moi même :

Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir, vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?
Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?
Vous, les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?
Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les lave plus blancs que blanc vous allez faire ça ?
Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles? Parce que vraie ?
Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas cinquante propositions sur les cent ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ? Vraiment, rien du tout ?
Trop de quoi ? Pas assez de quoi?
Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ?
Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?
Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic.

Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même estimable.
Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu si nombreux, si heureux, à Bercy dimanche, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal?

Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?
Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?

Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas ?
Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être que du bien de ceux qui ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.
Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La vôtre.
Je vous en supplie.

Ariane Mnouchkine


http://mnouchkine.blogs.liberation.fr/ 

Enfin la VIème République !

C’est devant près de 5000 élus réunis à la Porte de Versailles que Ségolène Royal a choisi d’annoncer officiellement son engagement pour la VI ème République et son intention de soumettre au référendum, dans les 6 mois qui suivront son élection, la réforme constitutionnelle sur laquelle elle s’est désormais engagée.

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   Depuis les 1ers jours de la campagne, à Frangy déjà, elle avait marqué sa volonté d’une révolution démocratique afin d’en finir avec une 5ème république à bout de souffle. Cette révolution touchait tous les volets institutionnels :

  Le volet politique : Rééquilibrage des pouvoirs en faveur du Parlement(suppression de l’article 49 3,du vote bloqué,encadrement des ordonnances ), dose de proportionnelle pour les législatives, droits de l’opposition, nomination dans les autorités de régulation soumise au vote des 3/5 du Parlement, fin du pouvoir de blocage du Sénat sur les révisions constitutionnelle, pétition d’initiative législative populaire, saisine directe par les citoyens du Conseil constitutionnel...

  Le volet éthique, avec le non cumul d’un mandat national avec tout autre mandat, la limitation dans le temps du renouvellement des mandats, le renforcement de la parité.

  Le volet judiciaire avec une réforme de la justice et la fin de la présidence du conseil de la magistrature par le Président de la République.

  Le volet territorial, enfin, avec une décentralisation clarifiée, les jurys citoyens et le droit de vote des étrangers aux élections locales.

Toutes ces évolutions figurent dans les priorités du pacte présidentiel.

Il manquait la logique d’ensemble, l’affirmation essentielle pour les citoyens que ces réformes formaient un tout cohérent et, qu’avec elles on changerait définitivement de système politique. Depuis l’engagement public de Ségolène Royal pour la VI ème République, c’est chose faite. En ces temps de surenchères anti-système, on ne peut que se réjouir qu’une république nouvelle qui succèderait a la Vème soit baptisée pour ce qu’elle est : La VIème République. Ceux qui ont vécu nos derniers congrès, tout particulièrement celui du Mans mesureront pourtant la force du pas que Ségolène Royal fait franchir au parti.

Merci à Thierry Mandon pour ce texte !

Une entité économique

It1e_70                          L'économie sociale et solidaire, l'activité autour de la préservation de l'environnement sont-elles rentables? De quoi parlons-nous? D'un bénéfice à reverser aux actionnaires, qui, s'il n'est pas en constante et forte augmentation, menace la pérennité de l'entreprise et de l'emploi? Vous vous doutez bien que non. Retour sur TRISELEC.

L'attention portée lors de la construction de l'unité de production à la qualité de l'environnement professionnel des salariés porte ses fruits.

D'abord l'esthétique. Cela ne coûte pas beaucoup plus cher de fabriquer quelque chose de beau, surtout si c'est un préalable. Un peu de couleur permet d'évoluer dans un univers agréable.

L'ergonomie et les conditions de travail ont aussi été des préalables : privilégier la lumière naturelle, des murs antibruit, le renouvellement de l'air, des équipements réglables selon l'utilisateur permettent de travailler dans de bonnes conditions et d'atteindre une productivité optimale.

Ajoutons dans ce secteur économique accidentogène, la prévention des accidents du travail. Tout nouvel arrivant est formé à l'hygiène, la sécurité aux « gestes et postures ». En 11 ans, avec 4,4 fois plus de salariés, le taux de cotisation de la CPAM basé sur les accidents du travail a diminué de 1%.

Les résultats économiques eux mêmes résulte de ce management adapté.

TRISELEC se positionne entre les actionnaires, la population de la communauté urbaine et ses clients qui achètent les produits valorisés. Le principal actionnaire est la communauté urbaine, donc les contribuables que nous sommes, vous et moi. Les autres sont des industriels, des négociants, d'autres recycleurs. Un rapport gagnant-gagnant s'est instauré au profit de tous :

  • Pour les clients, dont la satisfaction est régulièrement évaluée car la qualité exigée des salariés permet d'assurer une qualité constante, des volumes importants et un conditionnement réduisant les coûts de transport. Résultat qualitatif : en France, 300 centres de tri dégagent un taux de valorisation ( ratio produit vendu/ déchets entrants) de 76%, TRISELEC affichait 81%, et après la création de l'outil de formation, 92%!

  • Pour la collectivité car si les aides publiques permettent d'amortir le surcoût engendré par l'encadrement individualisé, elles sont en diminution depuis 2002. Le coût d'une personne au chômage pour la collectivité nationale toutes aides confondues est de 21 000 € en 1995, Un demandeur d'emploi inséré à Triselec revient à 2300 € à la collectivité en 2005.

  • Vers les autres entreprises qui reçoivent d'autant plus volontiers des personnes formées à TRISELEC que les responsables des recrutements savent qu'elles viennent de surmonter de fortes difficultés et qu'en travaillant là, elles ont démontré leur volonté de s'en sortir.

  • Pour les salariés, qui ont une participation aux bénéfices depuis Octobre 2001, c'est une exception de plus pour une SAEM, et pour des salariés en insertion.

  • Un résultat brut en augmentation permanente de 870K€ en 2001 à 1363 k€ en 2005.

  • Pour la population qui trie, la taxe de collecte d'ordure ménagère est passée de 450,00 francs la tonne en 1994, à 0 € en 2004. En 2005, la réglementation a changé et la taxe s'élève à 78 € la tonne alors que, dans le même temps, TRISELEC reverse 85 €/T à la LMCU au titre d'éco emballage.Ce qui fait dire à M. Vandamme que «plus elle trie bien, moins cela lui coûte ».

Le grand gagnant, c'est l'environnement, et donc chacun d'entre nous.

Cela rejoint tout à fait la pensée de David Servan Schreiber, magazine Psychologies, cité dans « Les ECHOS » de jeudi 1er février, dans l'article sur l'urgence d'une consommation responsable:

«  Le passage secret se trouve dans les émotions. Il faut que les changements que nous entreprenons soient tels que nous nous sentions plus en vie. Il faut que nous ayons plus de plaisir en changeant qu'en ne changeant pas. »

Bien dit! Nous en reparlerons!

CE QUI EST BON POUR L'INDIVIDU EST BON POUR L'ENTREPRISE

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TRISELEC compte 290 salariés, dont 155 emplois pérennes, les autres contrats de travail étant des CDD, des emplois en interim social, des contrats aidés.

Toute personne envoyée par une structure (CCAS, ANPE, Mission Locale, association) est acceptée quelles que soient ses difficultés : chômage de très longue durée, exclusion, alcoolisme, illettrisme, handicap léger. Quand vous arrivez à TRISELEC, vous êtes un être humain, c'est tout.

L'esprit dans lequel ces personnes sont accueillies n'est pas de les maintenir dans l'exclusion, mais de les en sortir. A TRISELEC, 80% de l'effectif – en dehors du personnel d'encadrement – est remplacé chaque année, et 60% retrouvent du travail dans le bassin d'emplois. 2400 personnes sont ainsi passées par l'entreprise depuis sa création. C'est le résultat d'un travail de collaboration étroite avec les associations locales qui s'appuie sur des conventions de partenariat avec notamment l'ANPE et la mission locale, dont je veux, ici, souligner l'excellent travail mené sur le bassin d'emplois.

Le marché de l'exclusion ne doit pas devenir une activité à part entière. Il n'est dans l'intérêt de personne que cela devienne la condition d'existence de tout un pan d'activité économique en constante augmentation. On finit par avoir besoin de l'exclusion. Cela n'est pas satisfaisant.

Parier sur l'humain, c'est allier exigence et respect. On commence par respecter et par redonner des perspectives et confiance par la responsabilisation de chacun dans la bonne marche de l'entreprise, la compréhension de chacun des gestes accomplis. Après seulement, on peut être exigeant tout en offrant de bonnes conditions de travail. Et ceci donne des résultats probants dans un secteur pourtant peu attractif.

A TRISELEC, l'utilisation de l'outil informatique est primordiale pour acquérir, par le biais d'une formation continue, la méthode de travail adaptée et un niveau supérieur. Accompagné d'un tuteur, chaque salarié a accès au centre de ressources pour des séances qui n'excèdent pas 20 minutes.

Grâce à la Formation Ouverte à Distance, le centre de formation intégré à l'entreprise, ouvert de 5.00 à 23.00 – oui, pendant les heures de travail ! - permet un accès permanent à chaque salarié lorsqu'il en ressent le besoin, ou lorsque l'évalutation en temsp réel montre qu'il en a besoin – car le travail des salariés est évalué en permanence pour assurer qualité et rentabilité. Pas de misérabilisme, ici.

L'évaluation est communiquée aux salariés de manière à ce que chacun y ait accès, y compris ceux qui ne savent pas lire et écrire. Lorsque le travail n'est pas satisfaisant, le salarié passe au centre de ressources où le CUEEP et des formateurs interviennent. Sur place, des tuteurs capables de se mettre au niveau de tous sont toujours présents. Des formations comme la licence de cariste, le permis, le brevet de secourisme sont proposées et une chargée de mission facilite la mise en relation avec les entreprises et les salariés.

La diversité se fait toute seule, elle est ici naturellement considérée comme une richesse et non comme un quota à atteindre. A propos, les handicapés représentent 13% des salariés.

La productivité à tout prix impose de travailler de plus en plus longtemps en remettant en cause les acquis. La formation étant considérée comme un pis aller, un mal nécessaire. Vision à court terme et qui n'est pas efficace, mais qui représente le seul modèle économique à suivre pour beaucoup.

Dans un bassin d'emplois où le chômage sélève à 14%, largement au dessus de la moyenne nationale, une gestion des ressources humaines adaptée comme la pratique TRISELEC donne une chance de repartir sur de bonnes bases. Tout en alliant pragmatisme, humanisme, prévision à long terme, vous verrez, dans une prochaine note, qu'en acceptant tous ceux dont les autres ne veulent pas, les résultats économiques sont très largement à la hauteur.

TRISELEC, questions de valeurs !

  Il est tellement facile et coutumier d'opposer l'économie et le social, tellement normal de ne pas embaucher de jeunes, de vieux, d'handicapés, de femmes, de personnes de l'immigration ou de tel quartier sous le prétexte d'assurer la bonne marche d'une entreprise, tellement courant de justifier l'exigence d'une flexibilité toujours plus importante pour les salariés, du code du travail, de la durée du travail, des contrats de travail par nécessité économique.

Il est encore, malgré de beaux discours, tellement courant d'opposer environnement et croissance économique, puisque l'une abîme nécessairement l'autre.

Voici donc un contre exemple dont beaucoup, en économie et en politique, pourraient s'inspirer.

TRISELEC est une Société Anonyme d'Economie Mixte créée en 1992 dont le principal actionnaire est la communauté urbaine de Lille. Son activité consiste à collecter les déchets résultant du tri sélectif et à les valoriser.

P2010497_1 On pourrait s'arrêter là. C'est sans compter l'humanisme de quelques uns qui, lorsqu'ils sont en position de décideurs, montrent que changer le monde est possible. Patrick Vandamme est de ceux là.                      

Longtemps cantonnée à une lubie post soixante huitarde réservée à quelques originaux, la préservation de notre planète est devenue une préoccupation majeure. Tout l'art consiste à la combiner à une nécessaire efficacité, et, cerise sur le gâteau, à de la rentabilité. Pour cela plusieurs mot d'ordre : respect du salarié, pragmatisme et vision à long terme.

La notion d'efficacité a été intégrée dès la conception de TRISELEC avec en arrière plan des équipements et une capacité adaptés à une utilisation à long terme ; pour les salariés, des postes de travail ergonomiques ; des machines outils fabriquées sur mesure pour optimiser chaque étape.

Avec en corollaire, ce qui est couramment considéré comme des handicaps sérieux. Le tri des déchets repose sur la bonne volonté de chacun, et donc l'activité de TRISELEC aussi. Pour les Français, peu portés sur ce genre de choses, c'était un vrai défi. Beaucoup ont mis en doute la rentabilité de l'entreprise. Quant à la volonté d'accepter toutes les personnes d'où qu'elles viennent, quels que soient leur niveau, leur expérience, leur situation, cela allait à l'encontre de toute rationalité économique.

De plus, on ne peut pas dire que le tri de déchets ménagers soit une activité socialement valorisante. Il faut du courage à une personne pour décider de s'en sortir en manipulant des ordures.

Et pourtant.

En plusieurs notes, car je ne veux pas me contenter de survoler ce sujet qui mérite que l'on s'y attarde, je veux aborder trois aspects : humain, économique et environnemental.

ALLEEEEEEZ TOURCOING !

Pour la première fois depuis la création de ce blog, je vais faire preuve d’un peu, de beaucoup de chauvinisme sportif local. J’assume.

Ce samedi, les ENT ( Les Enfants de Neptune) vont avoir une rencontre cruciale qui va peser lourd pour la remontée en Elite (1ère division de championnat de France de Water-Polo). Ils sont actuellement second et une victoire les mettrait en position idéale pour rejoindre le championnat Elite, qu’ils avaient quitté pour la première fois de leur longue histoire l’an dernier. Je me permets, au passage,  de rappeler que la Région Nord Pas de Calais est un fidèle partenaire du club.


Je vous invite donc à venir  nombreux les encourager BRUYAMMENT, c’est autorisé !

ce samedi 27 janvier à 20 H 00 au stade Nautique de Tourcoing.

Polo

C’est l’occasion de rappeler que ce club est le plus ancien de France, fondé en 1904 par Paul Beulque, qu’il est aussi le plus titré :  36 fois champion de France,  nombreuses participations aux coupes d’Europe, qu’il a fourni un grand nombre de joueurs à l’équipe de France Olympique…

Les ENT à Tourcoing, c’est plus qu’une institution, ce sont des membres, une équipe dirigeante autour de Marc Brisfer, des bénévoles, des animateurs dévoués et compétents qui préparent aussi l’avenir en formant de jeunes joueurs.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore bien le water-polo, disons qu’une partie du jeu se déroule sous l’eau, pas toujours où le ballon se trouve , et n’est pas forcément visible pour les non avertis, il faut être attentif.